samedi 28 juillet 2012

Alfred Courmes, le cantique de la réclame



Surnommé "l'ange du mauvais goût", le peintre Alfred Courmes (1898-1993) se passionne pour le détournement humoristique et généralement sexuel. Il emprunte une partie de ses sujets à la à l'imagerie populaire (la bicyclette est un "révélateur" de chair musclée et prélude à d'autres chevauchées) et "sensationnelle" - une manière de "cantique de la racaille": le bel Etrangleur à la casquette rose devant laquelle la victime tire la langue côtoie un Homme blessé cousin de certain Dormeur célébré avec non moins d'ambiguïté par Rimbaud.



D'autres personnages sont empruntés à la mythologie : Holopherne "perdant la tête" pour Judith, le Minotaure terrassé par Thésée (où l'homme hésite à anéantir la bête qui sommeille en lui), et surtout Oedipe - en tenue d'Adam ou de scout - face à la Sphinge - toute poitrine dehors, image de la femme dévoreuse d'hommes. Il met en scène de savoureux anachronismes, illustre des préoccupations politiques animées par un esprit plutôt virulent, et joue presque partout sur les mots ou les slogans, ayant alors valeur de rébus, et qu'il inscrit parfois à l'intérieur de la toile.




Son pinceau emprunte ainsi à l'imaginaire des musées et des églises, mais aussi à celui des journaux, des paquets de lessives, des étiquettes de camembert et des affiches, ces "tableaux" modernes qui tapissent les murs : décliné à l'envi, de dos ou de face, Saint Sébastien porte un costume de matelot et exhibe son anatomie et ses fixe-chaussettes, ailleurs il est "soigné" par une Sainte Irène à la main baladeuse qu'incarne la petite fille du Chocolat Menier (dont on reconnaît également le parapluie).




On retrouve la fillette dans la même posture entrain de tâter les parties génitales du Rédempteur. L'évocation de Saint Antoine est prétexte à un strip tease d'un "genre" particulier tandis que la Vierge Marie est flanquée du Bébé Cadum ou du Bibendum Michelin. Si l'association d'idées entre l'Enfant Jésus et le poupon à la peau douce est assez évidente, l'irruption du héros pneumatique dans une toile ayant pour thème l'Annonciation l'est peut être moins de prime abord.



Et pourtant tout dans la composition du tableau, intitulé La Pneumatique Salutation d’Angélique, fait sens : le "souffle divin" (pneuma en grec) y est matérialisé par un pneu géant, l'effigie publicitaire de Michelin prêtant ses traits à l'Archange Gabriel. La Vierge est incarnée par une pin-up impassible... Derrière sa tête, les pages du Livre d'Isaïe sont... blanches, attendant d'être écrites, l'ensemble étant une publicité non pour Schweeps, mais pour Ave Maria, une autre boisson gazeuse. Bref : l'artiste considère l'histoire de la naissance miraculeuse du Christ comme « gonflante ».



Apparaît également dans ce décorum la figure de Saint Roch touché par la peste, à moins qu'il s'agisse chez Courmes d'une maladie vénérienne. Cette représentation symbolique devient alors le corollaire d'une autre toile intitulée Ulysse ou - et c'est là où nous voulons en venir - J'ai mal occu... j'ai mal occupé ma jeunesse. On retrouve la sphinge mangeuse d'hommes, comme l'oiseau-rebelle-sirène-roucouleuse distrayant sur une plage (où rôdent de vieux messieursbien élégants) un adolescent en culottes courtes...

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